—Le Havre, dit le colonel au lieutenant, ne me verra pas à pied. Dumay, je prends tes soixante mille francs à six pour cent...
—A trois, mon colonel.
—A rien alors, dit Charles Mignon péremptoirement. Je te ferai ta part dans mes nouvelles affaires. Le Modeste, qui n'est plus à moi, part demain, le capitaine m'emmène. Toi, je te charge de ma femme et de ma fille. Je n'écrirai jamais! Pas de nouvelles, bonnes nouvelles.
Dumay ne demanda rien à son patron, il ne lui fit pas de questions sur ses projets.
—Je pense, dit-il à Latournelle d'un petit air entendu, que mon colonel a son plan fait.
Le lendemain, il accompagna au petit jour son patron sur le navire le Modeste, partant pour Constantinople. Là, sur l'arrière du bâtiment, le Breton dit au Provençal:—Quels sont vos derniers ordres, mon colonel?
—Qu'aucun homme n'approche du Chalet! dit le père en retenant mal une larme. Dumay! garde-moi mon dernier enfant, comme me le garderait un boule-dogue. La mort à quiconque tenterait de débaucher ma seconde fille! ne crains rien, pas même l'échafaud, je t'y rejoindrais.
—Mon colonel faites vos affaires en paix. Je vous comprends. Vous retrouverez mademoiselle Modeste comme vous me la confiez, ou je serais mort! Vous me connaissez et vous connaissez nos deux chiens des Pyrénées. On n'arrivera pas à votre fille. Pardon de vous dire tant de phrases!
Les deux militaires se jetèrent dans les bras l'un de l'autre comme deux hommes qui s'étaient appréciés en pleine Sibérie.
Le jour même, le Courrier du Havre contenait ce terrible, simple, énergique et honnête premier Havre.