—Le bonhomme a-t-il laissé une ou plusieurs inscriptions de rentes trois pour cent?
—Il a laissé quinze mille livres de rente trois pour cent, dit Goupil, en une seule inscription, je l'ai décrite moi-même.
—Consultez donc l'inventaire, dit le juge.
Goupil prit un carton, y fouilla, ramena la minute, chercha, trouva et lut: Item, une inscription... Tenez, lisez?... sous le numéro 23,533, lettre M.
—Faites-moi le plaisir de me délivrer un extrait de cet article de l'inventaire d'ici à une heure, je l'attends.
—A quoi cela peut-il vous servir? demanda Goupil.
—Voulez-vous être notaire? répondit le juge de paix en regardant avec sévérité le successeur désigné de Dionis.
—Je le crois bien! s'écria Goupil, j'ai avalé assez de couleuvres pour arriver à me faire appeler Maître. Je vous prie de croire, monsieur le juge de paix, que le misérable premier clerc appelé Goupil n'a rien de commun avec Maître Jean-Sébastien-Marie Goupil, notaire à Nemours, époux de mademoiselle Massin. Ces deux êtres ne se connaissent pas, ils ne se ressemblent même plus! Ne me voyez-vous point?
Monsieur Bongrand fit alors attention au costume de Goupil qui portait une cravate blanche, une chemise étincelante de blancheur ornée de boutons en rubis, un gilet de velours rouge, un pantalon et un habit en beau drap noir faits à Paris. Il était chaussé de jolies bottes. Ses cheveux, rabattus et peignés avec soin, sentaient bon. Enfin il semblait avoir été métamorphosé.
—Le fait est que vous êtes un autre homme, dit Bongrand.