—Je jouais, répondit-elle naïvement. Tout le monde jouait avec moi. Ma grand'mère et grand-papa, chacun me racontait des histoires. Ah! l'on m'aimait bien.
—Ah! répondait Rogron. Ainsi tu faisais du plus aisé.
Pierrette ne comprit pas cette plaisanterie de la rue Saint-Denis, elle ouvrit de grands yeux.
—Elle est sotte comme un panier, dit Sylvie à mademoiselle Borain, la plus habile ouvrière de Provins.
—C'est si jeune! dit l'ouvrière en regardant Pierrette dont le petit museau fin était tendu vers elle d'un air rusé.
Pierrette préférait les ouvrières à ses deux parents; elle était coquette pour elles, elle les regardait travaillant, elle leur disait ces jolis mots, les fleurs de l'enfance que comprimaient déjà Rogron et Sylvie par la peur, car ils aimaient à imprimer aux subordonnés une terreur salutaire. Les ouvrières étaient enchantées de Pierrette. Cependant le trousseau ne se complétait pas sans de terribles interjections.
—Cette petite fille va nous coûter les yeux de la tête! disait Sylvie à son frère.
—Tiens-toi donc, ma petite! Que diable, c'est pour toi, ce n'est pas pour moi, disait-elle à Pierrette quand on lui prenait mesure de quelque ajustement.
—Laisse donc travailler mademoiselle Borain, ce n'est pas toi qui payeras sa journée! disait-elle en lui voyant demander quelque chose à la première ouvrière.
—Mademoiselle, disait mademoiselle Borain, faut-il coudre ceci en points arrière?