—La jeune personne et la nourrice auxquelles vous pensez.
—Comment est le jardin? demanda Minoret.
—En y entrant par le petit escalier qui descend sur la rivière, il se trouve à droite une longue galerie en briques dans laquelle je vois des livres, et terminée par un cabajoutis orné de sonnettes en bois et d'œufs rouges. A gauche le mur est revêtu d'un massif de plantes grimpantes, de la vigne vierge, du jasmin de Virginie. Au milieu se trouve un petit cadran solaire. Il y a beaucoup de pots de fleurs. Votre pupille examine ses fleurs, les montre à sa nourrice, fait des trous avec un plantoir et y met des graines... La nourrice râtisse les allées... Quoique la pureté de cette jeune fille soit celle d'un ange, il y a chez elle un commencement d'amour, faible comme un crépuscule du matin.
—Pour qui? demanda le docteur qui jusqu'à présent n'entendait rien que personne ne pût lui dire sans être somnambule. Il croyait toujours à de la jonglerie.
—Vous n'en savez rien, quoique vous ayez été dernièrement assez inquiet quand elle est devenue femme, dit-elle en souriant. Le mouvement de son cœur a suivi celui de la nature...
—Et c'est une femme du peuple qui parle ainsi? s'écria le vieux docteur.
—Dans cet état toutes s'expriment avec une limpidité particulière, répondit Bouvard.
—Mais qui Ursule aime-t-elle?
—Ursule ne sait pas qu'elle aime, répondit avec un petit mouvement de tête la femme; elle est bien trop angélique pour connaître le désir ou quoi que ce soit de l'amour; mais elle est occupée de lui, elle pense à lui, elle s'en défend même, elle y revient malgré sa volonté de s'abstenir. Elle est au piano...
—Mais qui est-ce?