Cette grosse plaisanterie eut un succès prodigieux. Le maître-clerc examina les rieurs par un regard circulaire si terrible que le silence se rétablit aussitôt.
—Aujourd'hui, dit Zélie à Massin d'oreille à oreille, les notaires ne connaissent que leurs intérêts; et si Dionis allait, pour faire des actes, se mettre du côté d'Ursule?
—Je suis sûr de lui, répondit le greffier en jetant à sa cousine un regard de ses petits yeux malicieux. Il allait ajouter: J'ai de quoi le perdre! Mais il se retint.—Je suis tout à fait de l'avis de Dionis, dit-il à haute voix.
—Et moi aussi, s'écria Zélie qui cependant soupçonnait déjà le notaire d'une collusion d'intérêts avec le greffier.
—Ma femme a voté! dit le maître de poste en humant un petit verre, quoique déjà sa face fût violacée par la digestion du déjeuner et par une notable absorption de liquides.
—C'est très-bien, dit le percepteur.
—J'irai donc après le dîner? reprit Dionis.
—Si monsieur Dionis a raison, dit madame Crémière à madame Massin, il faut aller chez notre oncle comme autrefois, en soirée tous les dimanches, et faire tout ce que vient de nous dire monsieur Dionis.
—Oui, pour être reçus comme nous l'étions! s'écria Zélie. Après tout, nous avons plus de quarante bonnes mille livres de rentes, et il a refusé toutes nos invitations; nous le valons bien. Si je ne sais pas faire des ordonnances, je sais mener ma barque, moi!
—Comme je suis loin d'avoir quarante mille livres de rentes, dit madame Massin un peu piquée, je ne me soucie pas d'en perdre dix mille!