—Comment que j'allons la descendre?... dit l'Espagnol dont les petits yeux noirs exprimaient pour la première fois l'épouvante, et dont la figure jaune et creuse, qui paraissait ne devoir jamais changer de couleur, pâlit.
—Comment! dit Max, mais cela ne me paraît pas difficile...
Et, profitant de la stupéfaction du marchand de grains, il mania de ses bras robustes la charrette par les deux brancards, de manière à la lancer; puis, au moment où elle devait lui échapper, il cria d'une voix tonnante:—Gare là-dessous!...
Mais il ne pouvait y avoir aucun inconvénient: le rassemblement, averti par Baruch et pris de curiosité, s'était retiré sur la place à la distance nécessaire pour voir ce qui se passerait sur la butte. La charrette se brisa de la manière la plus pittoresque en un nombre infini de morceaux.
—La voilà descendue, dit Baruch.
Ah! brigands! ah! canailles! s'écria Fario, c'est peut-être vous autres qui l'avez montée ici...
Max, Baruch et leurs trois compagnons se mirent à rire des injures de l'Espagnol.
—On a voulu te rendre service, dit froidement Max, j'ai failli, en manœuvrant ta damnée charrette, être emporté avec elle, et voilà comment tu nous remercies?... De quel pays es-tu donc?...
—Je suis d'un pays où l'on ne pardonne pas, répliqua Fario qui tremblait de rage. Ma charrette vous servira de cabriolet pour aller au diable!... à moins, dit-il en devenant doux comme un mouton, que vous ne vouliez me la remplacer par une neuve?
—Parlons de cela, dit Max en descendant.