—Quel crétin! s'écria Joseph.
Agathe joignit les mains et leva les yeux au ciel:—Dans quel état l'a-t-on mis? Mon Dieu, est-ce là un homme de cinquante-sept ans?
Elle voulut regarder attentivement son frère, et vit derrière le vieillard Flore Brazier coiffée en cheveux, laissant voir sous la gaze d'un fichu garni de dentelles un dos de neige et une poitrine éblouissante, soignée comme une courtisane riche, portant une robe à corset en grenadine, une étoffe de soie alors de mode, à manches dites à gigot, et terminées au poignet par des bracelets superbes. Une chaîne d'or ruisselait sur le corsage de la Rabouilleuse, qui apportait à Jean-Jacques son bonnet de soie noire afin qu'il ne s'enrhumât pas: une scène évidemment calculée.
—Voilà, s'écria Joseph, une belle femme! et c'est rare!... Elle est faite, comme on dit, à peindre! Quelle carnation! Oh! les beaux tons! quels méplats, quelles rondeurs, et des épaules!... C'est une magnifique Cariatide! Ce serait un fameux modèle pour une Vénus-Titien.
Adolphine et madame Hochon crurent entendre parler grec; mais Agathe, en arrière de son fils, leur fit un signe comme pour leur dire qu'elle était habituée à cet idiome.
—Vous trouvez belle une fille qui vous enlève une fortune? dit madame Hochon.
—Ça ne l'empêche pas d'être un beau modèle! précisément assez grasse, sans que les hanches et les formes soient gâtées...
—Mon ami, tu n'es pas dans ton atelier, dit Agathe, et Adolphine est là...
—C'est vrai, j'ai tort; mais aussi, depuis Paris jusqu'ici, sur toute la route, je n'ai vu que des guenons...
—Mais, ma chère marraine, dit Agathe, comment pourrais-je voir mon frère?... car s'il est avec cette créature...