—Voulez-vous voir prendre d'assaut et piller la maison de votre hôte? dit le lieutenant. Est-ce avec nos sabres que nous résisterons à un flot de monde poussé par une queue de gens irrités et qui ne connaissent pas les formes de la justice?...
—Oh! allons, messieurs, nous nous expliquerons après, dit Joseph qui recouvra tout son sang-froid.
—Place! mes amis, dit le lieutenant, il est arrêté, nous le conduisons au Palais!
—Respect à la justice! mes amis, dit monsieur Mouilleron.
—N'aimerez-vous pas mieux le voir guillotiner? disait un des gendarmes à un groupe menaçant.
—Oui! oui, fit un furieux, on le guillotinera.
—On va le guillotiner, répétèrent des femmes.
Au bout de la Grande-Narette, on se disait:—On l'emmène pour le guillotiner, on lui a trouvé le couteau!—Oh! le gredin!—Voilà les Parisiens.—Celui-là portait bien le crime sur sa figure.
Quoique Joseph eût tout le sang à la tête, il fit le trajet de la place Saint-Jean au Palais en gardant un calme et un aplomb remarquables. Néanmoins, il fut assez heureux de se trouver dans le cabinet de monsieur Lousteau-Prangin.
—Je n'ai pas besoin, je crois, messieurs, de vous dire que je suis innocent, dit-il en s'adressant à monsieur Mouilleron, à monsieur Lousteau-Prangin et au greffier, je ne puis que vous prier de m'aider à prouver mon innocence. Je ne sais rien de l'affaire...