—Elle aime trop Maxence, elle me quittera, fit le vieillard en paraissant épouvanté.

—Mais, mon oncle, Maxence ou moi, nous ne laisserons pas après demain la marque de nos pieds sur les chemins d'Issoudun...

—Eh! bien, allez, monsieur Carpentier, reprit le bonhomme, si vous me promettez qu'elle reviendra, allez! Vous êtes un honnête homme, dites-lui tout ce que vous croirez devoir dire en mon nom...

—Le capitaine Carpentier lui soufflera dans l'oreille que je fais venir de Paris une femme dont la jeunesse et la beauté sont un peu mignonnes, dit Philippe Bridau, et la drôlesse reviendra ventre à terre!

Le capitaine partit en conduisant lui-même la vieille calèche, il fut accompagné de Benjamin à cheval, car ou ne trouva plus Kouski. Quoique menacé par les deux officiers d'un procès et de la perte de sa place, le Polonais venait de s'enfuir à Vatan sur un cheval de louage, afin d'annoncer à Maxence et à Flore le coup de main de leur adversaire. Après avoir accompli sa mission, Carpentier, qui ne voulait pas revenir avec la Rabouilleuse, devait prendre le cheval de Benjamin.

En apprenant la fuite de Kouski, Philippe dit à Benjamin:—Tu remplaceras ici, dès ce soir, le Polonais. Ainsi tâche de grimper derrière la calèche à l'insu de Flore, pour te trouver ici en même temps qu'elle.—Ça se dessine, papa Hochon! fit le lieutenant-colonel. Après-demain le banquet sera jovial.

—Vous allez vous établir ici, dit le vieil avare.

—Je viens de dire à Fario de m'y envoyer toutes mes affaires. Je coucherai dans la chambre dont la porte est sur le palier de l'appartement de Gilet, mon oncle y consent.

—Qu'arrivera-t-il de tout ceci? dit le bonhomme épouvanté.

—Il vous arrivera mademoiselle Flore Brazier dans quatre heures d'ici, douce comme une peau de pêche, répondit monsieur Hochon.