A onze heures du soir, à la grande surprise du colonel, monsieur Hochon amena sa femme chez Philippe au moment où il allait se coucher.

—Nous savons ce qui se passe, dit la vieille dame les yeux pleins de larmes, et je viens vous supplier de ne pas sortir demain sans faire vos prières... Élevez votre âme à Dieu.

—Oui, madame, répondit Philippe à qui le vieil Hochon fit un signe en se tenant derrière sa femme.

—Ce n'est pas tout! dit la marraine d'Agathe, je me mets à la place de votre pauvre mère, et je me suis dessaisi de ce que j'avais de plus précieux, tenez!... Elle tendit à Philippe une dent fixée sur un velours noir brodé d'or, auquel elle avait cousu deux rubans verts, et la remit dans un sachet après la lui avoir montrée.—C'est une relique de sainte Solange, la patronne du Berry; je l'ai sauvée à la Révolution; gardez cela sur votre poitrine demain matin.

—Est-ce que ça peut préserver des coups de sabre? demanda Philippe.

—Oui, répondit la vieille dame.

—Je ne peux pas plus avoir ce fourniment-là sur moi qu'une cuirasse, s'écria le fils d'Agathe.

—Que dit-il? demanda madame Hochon à son mari.

—Il dit que ce n'est pas de jeu, répondit le vieil Hochon.

—Eh! bien, n'en parlons plus, fit la vieille dame. Je prierai pour vous.