—Gageons, mignonne.

—Un châle!

—Va! si je perds le châle, je reviens à mon article Paris et à la chapellerie. Mais, enfoncer Gaudissart, jamais, jamais!

Et l'illustre Voyageur se posa devant Jenny, la regarda fièrement, la main passée dans son gilet, la tête de trois quarts, dans une attitude napoléonienne.

—Oh! es-tu drôle? Qu'as-tu donc mangé ce soir?

Gaudissart était un homme de trente-huit ans, de taille moyenne, gros et gras, comme un homme habitué à rouler en diligence; à figure ronde comme une citrouille, colorée, régulière et semblable à ces classiques visages adoptés par les sculpteurs de tous les pays pour les statues de l'Abondance, de la Loi, de la Force, du Commerce, etc. Son ventre protubérant affectait la forme de la poire; il avait de petites jambes, mais il était agile et nerveux. Il prit Jenny à moitié déshabillée et la porta dans son lit.

—Taisez-vous, femme libre! dit-il. Tu ne sais pas ce que c'est que la femme libre, le Saint-Simonisme, l'Antagonisme, le Fouriérisme, le Criticisme, et l'exploitation passionnée, hé! bien, c'est... enfin, c'est dix francs par abonnement, madame Gaudissart.

—Ma parole d'honneur, tu deviens fou, Gaudissart.

—Toujours plus fou de toi, dit-il en jetant son chapeau sur le divan de la fleuriste.

Le lendemain matin, Gaudissart, après avoir notablement déjeuné avec Jenny Courand, partit à cheval, afin d'aller dans les chefs-lieux de canton dont l'exploration lui était particulièrement recommandée par les diverses entreprises à la réussite desquelles il vouait ses talents. Après avoir employé quarante-cinq jours à battre les pays situés entre Paris et Blois, il resta deux semaines dans cette dernière ville, occupé à faire sa correspondance et à visiter les bourgs du département. La veille de son départ pour Tours, il écrivit à mademoiselle Jenny Courand la lettre suivante, dont la précision et le charme ne pourraient être égalés par aucun récit, et qui prouve d'ailleurs la légitimité particulière des liens par lesquels ces deux personnes étaient unies.