—Vous vous dites: Moi, je serai ministre. Eh! bien, vous peintre, vous artiste, homme de lettres, vous ministre futur, vous chiffrez vos espérances, vous les taxez, vous vous tarifez je suppose à cent mille écus...

—Vous m'apportez donc cent mille écus? dit le fou.

—Oui, monsieur, vous allez voir. Ou vos héritiers les palperont nécessairement si vous venez à mourir, puisque l'entreprise s'engage à les leur compter, ou vous les touchez par vos travaux d'art, par vos heureuses spéculations si vous vivez. Si vous vous êtes trompé, vous pouvez même recommencer. Mais, une fois que vous avez, comme j'ai eu l'honneur de vous le dire, fixé le chiffre de votre capital intellectuel, car c'est un capital intellectuel, saisissez bien ceci, intellectuel.

—Je comprends, dit le fou.

—Vous signez un contrat d'Assurance avec l'administration qui vous reconnaît une valeur de cent mille écus, à vous peintre...

—Je suis peintre, dit le fou.

—Non, reprit Gaudissart, à vous musicien, à vous ministre, et s'engage à les payer à votre famille, à vos héritiers; si, par votre mort, les espérances, le pot au feu fondé sur le capital intellectuel venait à être renversé. Le payement de la prime suffit à consolider ainsi votre...

—Votre caisse, dit le fou en l'interrompant.

—Mais, naturellement, monsieur. Je vois que monsieur a été dans les affaires.

—Oui, dit le fou, j'ai fondé la Banque Territoriale de la rue des Fossés-Montmartre, à Paris, en 1798.