—Ma femme, cria l'aubergiste, écoute donc. Monsieur Vernier n'a-t-il pas eu l'idée d'envoyer monsieur chez le bonhomme Margaritis?...
—Et quoi donc, avez-vous pu vous dire tous deux, mon cher mignon monsieur, demanda la femme, puisqu'il est fou?
—Il m'a vendu deux pièces de vin.
—Et vous les avez achetées?
—Oui.
—Mais c'est sa folie de vouloir vendre du vin, il n'en a pas.
—Bon, dit le Voyageur. Je vais d'abord aller remercier monsieur Vernier.
Et Gaudissart se rendit bouillant de colère chez l'ancien teinturier, qu'il trouva dans sa salle, riant avec des voisins auxquels il racontait déjà l'histoire.
—Monsieur, dit le prince des Voyageurs en lui jetant des regards enflammés, vous êtes un drôle et un polisson, qui, sous peine d'être le dernier des argousins, gens que je place au-dessous des forçats, devez me rendre raison de l'insulte que vous venez de me faire en me mettant en rapport avec un homme que vous saviez fou. M'entendez-vous, monsieur Vernier le teinturier?
Telle était la harangue que Gaudissart avait préparée comme un tragédien prépare son entrée en scène.