—Diable! diable! je me battrai donc au pistolet.

—Je vous le conseille, parce que, voyez-vous, en prenant de gros pistolets d'arçon et les chargeant jusqu'à la gueule, on ne risque jamais rien, les pistolets écartent, et chacun se retire en homme d'honneur. Laissez-moi arranger cela? Hein! sapristi, deux braves gens seraient bien bêtes de se tuer pour un geste.

—Êtes-vous sûr que les pistolets écarteront suffisamment? Je serais fâché de tuer cet homme, après tout, dit Gaudissart.

—Dormez en paix.

Le lendemain matin, les deux adversaires se rencontrèrent un peu blêmes au bas du pont de la Cise. Le brave Vernier faillit tuer une vache qui paissait à dix pas de lui, sur le bord d'un chemin.

—Ah! vous avez tiré en l'air, s'écria Gaudissart.

A ces mots, les deux ennemis s'embrassèrent.

—Monsieur, dit le Voyageur, votre plaisanterie était un peu forte, mais elle était drôle. Je suis fâché de vous avoir apostrophé, j'étais hors de moi, je vous tiens pour homme d'honneur.

—Monsieur, nous vous ferons vingt abonnements au Journal des Enfants, répliqua le teinturier encore pâle.

—Cela étant, dit Gaudissart, pourquoi ne déjeunerions-nous pas ensemble? les hommes qui se battent ne sont-ils pas bien près de s'entendre?