—Et vous avez composé ces vers depuis hier?... s'écria le Procureur du Roi d'un ton défiant.

—Oh! mon Dieu, oui, tout en chassant, mais cela ne se voit que trop! J'aurais voulu faire mieux pour madame.

—Ces vers sont ravissants, fit Dinah en levant les yeux au ciel.

—C'est l'expression d'un sentiment malheureusement trop vrai, répondit Lousteau d'un air profondément triste.

Chacun devine que le journaliste gardait ces vers dans sa mémoire depuis au moins dix ans, car ils lui furent inspirés sous la Restauration par la difficulté de parvenir. Madame de la Baudraye regarda le journaliste avec la pitié que les malheurs du génie inspirent, et monsieur de Clagny, qui surprit ce regard, éprouva de la haine pour ce faux Jeune Malade. Il se mit au trictrac avec le curé de Sancerre. Le fils du Président eut l'excessive complaisance d'apporter la lampe aux deux joueurs, de manière que la lumière tombât d'aplomb sur madame de La Baudraye qui prit son ouvrage, elle garnissait de laine l'osier d'une corbeille à papier. Les trois conspirateurs se groupèrent auprès de ces personnages.

—Pour qui faites-vous donc cette jolie corbeille, madame? dit le journaliste. Pour quelque loterie de bienfaisance?

—Non, dit-elle, je trouve beaucoup trop d'affectation dans la bienfaisance faite à son de trompe.

—Vous êtes bien indiscret, dit monsieur Gravier.

—Y a-t-il de l'indiscrétion, dit Lousteau, à demander quel est l'heureux mortel chez qui se trouvera la corbeille de madame.

—Il n'y a pas d'heureux mortel, reprit Dinah, elle est pour monsieur de La Baudraye.