—Vous, son mari!...
—Oui, j'avais tort peut-être!
—Certes, cela ne se fait pas, dit Rinaldo.
—Ma jalousie fut excitée par la conduite de la duchesse, reprit le duc. L'événement a prouvé que j'avais raison. Un jeune Français aimait Olympia, il était aimé d'elle, j'eus des preuves de leur mutuelle affection...
—Mille pardons! mesdames, dit Lousteau; mais voyez-vous, il m'est impossible de ne pas vous faire observer combien la littérature de l'Empire allait droit au fait sans aucun détail, ce qui me semble le caractère des temps primitifs. La littérature de cette époque tenait le milieu entre le sommaire des chapitres du Télémaque et les réquisitoires du Ministère public. Elle avait des idées, mais elle ne les exprimait pas, la dédaigneuse! elle observait, mais elle ne faisait part de ses observations à personne, l'avare! il n'y avait que Fouché qui fît part de ses observations à quelqu'un. La littérature se contentait alors, suivant l'expression d'un des plus niais critiques de la Revue des Deux-Mondes, d'une assez pure esquisse et du concours bien net de toutes les figures à l'antique; elle ne dansait pas sur les périodes! Je le crois bien, elle n'avait pas de périodes, elle n'avait pas de mois à faire chatoyer; elle vous disait Lubin aimait Toinette, Toinette n'aimait pas Lubin; Lubin tua Toinette, et les gendarmes prirent Lubin qui fut mis en prison, mené à la Cour d'Assises et guillotiné. Forte esquisse, contour net! Quel beau drame! Eh! bien, aujourd'hui, les barbares font chatoyer les mots.
—Et quelquefois les morts, dit monsieur de Clagny.
—Ah! répliqua Lousteau, vous vous donnez de ces R!
—Que veut-il dire? demanda madame de Clagny que ce calembour inquiéta.
—Il me semble que je marche dans un four, répondit la Mairesse.
—Sa plaisanterie perdrait à être expliquée, fit observer Gatien.