—Monsieur, voici, dit un facteur des messageries en posant dans l'antichambre deux énormissimes bourriches. Tout est payé. Voulez-vous signer mon registre?...

—Tout est payé! s'écria madame Schontz. Ça ne peut venir que de Sancerre.

—Oui, madame, dit le facteur.

—Ta dixième muse est une femme de haute intelligence, dit la Lorette en défaisant une bourriche pendant que Lousteau signait, j'aime une Muse qui connaît le ménage et qui fait à la fois des pâtés d'encre et des pâtés de gibier.—Oh! les belles fleurs!... s'écria-t-elle en découvrant la seconde bourriche. Mais il n'y a rien de plus beau dans Paris!... De quoi? de quoi? un lièvre, des perdreaux, un demi-chevreuil. Nous inviterons tes amis et nous ferons un fameux dîner, car Athalie possède un talent particulier pour accommoder le chevreuil.

Lousteau répondit à Dinah; mais au lieu de répondre avec son cœur, il fit de l'esprit. La lettre n'en fut que plus dangereuse, elle ressemblait à une lettre de Mirabeau à Sophie. Le style des vrais amants est limpide. C'est une eau pure qui laisse voir le fond du cœur entre deux rives ornées des riens de la vie, émaillées de ces fleurs de l'âme nées chaque jour et dont le charme est enivrant mais pour deux êtres seulement. Aussi dès qu'une lettre d'amour peut faire plaisir au tiers qui la lit, est-elle à coup sûr sortie de la tête et non du cœur. Mais les femmes y seront toujours prises, elles croient alors être l'unique source de cet esprit.

Vers la fin du mois de décembre, Lousteau ne lisait plus les lettres de Dinah qui s'accumulèrent dans un tiroir de sa commode toujours ouvert, sous ses chemises qu'elles parfumaient. Il advenait à Lousteau l'un de ces hasards que ces Bohémiens doivent saisir par tous ses cheveux. Au milieu de ce mois, madame Schontz, qui s'intéressait beaucoup à Lousteau, le fit prier de passer chez elle un matin pour affaire.

—Mon cher, tu peux te marier, lui dit-elle.

—Souvent, ma chère, heureusement!

—Quand je dis te marier, c'est faire un beau mariage. Tu n'as pas de préjugés, on n'a pas besoin de gazer: voici l'affaire. Une jeune personne a commis une faute, et la mère n'en sait pas le premier baiser. Le père est un honnête Notaire plein d'honneur, il a eu la sagesse de ne rien ébruiter. Il veut marier sa fille en quinze jours, il donne une dot de cent cinquante mille francs, car il a trois autres enfants; mais!...—pas bête—il ajoute un supplément de cent mille francs de la main à la main pour couvrir le déchet. Il s'agit d'une vieille famille de la bourgeoisie parisienne, quartier des Lombards...

—Eh! bien, pourquoi l'amant n'épouse-t-il pas?