—Mais nous ne vivons pas pour le monde! s'écria-t-elle en relevant Étienne et le faisant asseoir près d'elle. D'ailleurs, nous serons un jour mariés... nous avons pour nous les chances de mer...

—Je n'y pensais pas, s'écria naïvement Lousteau qui se dit en lui-même: Il sera toujours temps de rompre au retour du petit La Baudraye.

A compter de cette journée, Lousteau vécut luxueusement, Dinah pouvait lutter, aux premières représentations, avec les femmes les mieux mises de Paris. Caressé par ce bonheur intérieur, Lousteau jouait avec ses amis, par fatuité, le personnage d'un homme excédé, ennuyé, ruiné par madame de La Baudraye.

—Oh! combien j'aimerais l'ami qui me délivrerait de Dinah! Mais personne n'y réussirait! disait-il, elle m'aime à se jeter par la fenêtre si je le lui disais.

Le drôle se faisait plaindre, il prenait des précautions contre la jalousie de Dinah, quand il acceptait une partie. Enfin il commettait des infidélités sans vergogne. Quand monsieur de Clagny, vraiment désespéré de voir Dinah dans une situation si déshonorante, quand elle pouvait être si riche, si haut placée et au moment où ses primitives ambitions allaient être accomplies, arriva lui dire:—On vous trompe! Elle répondit:—Je le sais!

Le magistrat resta stupide. Il retrouva la parole pour faire une observation.

—M'aimez-vous encore? lui demanda madame de La Baudraye en l'interrompant au premier mot.

—A me perdre pour vous... s'écria-t-il en se dressant sur ses pieds.

Les yeux de ce pauvre homme devinrent comme des torches, il trembla comme une feuille, il sentit son larynx immobile, ses cheveux frémirent dans leurs racines, il crut au bonheur d'être pris par son idole comme un vengeur, et ce pis-aller le rendit presque fou de joie.

—De quoi vous étonnez-vous? lui dit-elle en le faisant rasseoir, voilà comment je l'aime.