La comparaison de sa destinée à venir avec sa destinée actuelle n'était pas soutenable pour Dinah. La veille encore, Anna de Fontaine avait tourné la tête pour ne pas voir son amie de cœur du pensionnat Chamarolles.

Dinah se dit:—Je suis comtesse, j'aurai sur ma voiture le manteau bleu de la pairie, et dans mon salon les sommités de la politique et de la littérature... je la regarderai, moi!...

Cette petite jouissance pesa de tout son poids au moment de la conversion.

Un beau jour, en mai 1842, madame de La Baudraye paya toutes les dettes de son ménage, et laissa mille écus sur la liasse de tous les comptes acquittés. Après avoir envoyé sa mère et ses enfants à l'hôtel La Baudraye, elle attendit Lousteau tout habillée, comme pour sortir. Quand l'ex-roi de son cœur rentra pour dîner, elle lui dit:—J'ai renversé la marmite, mon ami. Madame de La Baudraye vous donne à dîner au Rocher de Cancale. Venez?

Elle entraîna Lousteau stupéfait du petit air dégagé que prenait cette femme, encore asservie le matin à ses moindres caprices, car elle aussi! avait joué la comédie depuis deux mois.

—Madame de La Baudraye est ficelée comme pour une première, dit-il en se servant de l'abréviation par laquelle on désigne en argot de journal une première représentation. Et pourquoi pas, Dinah?

—N'oubliez pas le respect que vous devez à madame de La Baudraye, dit gravement Dinah. Je ne sais plus ce que signifie ce mot ficelée...

—Comment Didine? fit-il en la prenant par la taille.

—Il n'y a plus de Didine, vous l'avez tuée, mon ami, répondit-elle en se dégageant. Et je vous donne la première représentation de madame la comtesse de La Baudraye...

—C'est donc vrai, notre insecte est pair de France?