—Je vous le promets, lui dis-je en lui baisant les mains.
—Ah! dit-elle, j'ai encore un serment à vous demander; mais engagez-vous d'avance à le souscrire.
—Oh! oui, lui dis-je en croyant qu'il allait être question de fidélité.
—Il ne s'agit pas de moi, reprit-elle en souriant avec amertume. Félix, ne jouez jamais dans quelque salon que ce puisse être; je n'excepte celui de personne.
—Je ne jouerai jamais, lui répondis-je.
—Bien, dit-elle. Je vous ai trouvé un meilleur usage du temps que vous dissiperiez au jeu; vous verrez que là où les autres doivent perdre tôt ou tard, vous gagnerez toujours.
—Comment?
—La lettre vous le dira, répondit-elle d'un air enjoué qui ôtait à ses recommandations le caractère sérieux dont sont accompagnées celles des grands-parents.
La comtesse me parla pendant une heure environ et me prouva la profondeur de son affection en me révélant avec quel soin elle m'avait étudié pendant ces trois derniers mois; elle entra dans les derniers replis de mon cœur, en tâchant d'y appliquer le sien; son accent était varié, convaincant, ses paroles tombaient d'une lèvre maternelle, et montraient autant par le ton que par la substance combien les liens nous attachaient déjà l'un à l'autre.
—Si vous saviez, dit-elle en finissant, avec quelles anxiétés je vous suivrai dans votre route, quelle joie si vous allez droit, quels pleurs si vous vous heurtez à des angles! Croyez-moi, mon affection est sans égale; elle est à la fois involontaire et choisie. Ah! je voudrais vous voir heureux, puissant, considéré, vous qui serez pour moi comme un rêve animé.