—Quoique son élégance soit encore neuve, nous l'adoptons, reprit de Marsay. Il est digne de nous, il comprend son époque, il a de l'esprit, il est noble, il est gentil, nous l'aimerons, nous le servirons, nous le pousserons...

—Où? dit Blondet.

—Curieux! répliqua Rastignac.

—Avec qui s'emménage-t-il ce soir? demanda de Marsay.

—Avec tout un sérail, dit le vidame.

—Peste, qu'est-ce donc, reprit de Marsay, pour que le cher vidame nous tienne rigueur en tenant parole à l'infante? j'aurais bien du malheur si je ne la connaissais pas...

—J'ai pourtant été fat comme lui, dit le vidame en montrant de Marsay.

Après le dîner, qui fut très-agréable, et sur un ton soutenu de charmante médisance et de jolie corruption, Rastignac et de Marsay accompagnèrent le vidame et Victurnien à l'Opéra pour pouvoir les suivre chez mademoiselle des Touches. Ces deux roués y allèrent à l'heure calculée où devait finir la lecture d'une tragédie, ce qu'ils regardaient comme la chose la plus malsaine à prendre entre onze heures et minuit. Ils venaient pour espionner Victurnien et le gêner par leur présence: véritable malice d'écolier, mais aigrie par le fiel du dandy jaloux. Victurnien avait cette effronterie de page qui aide beaucoup à l'aisance; aussi, en observant le nouveau-venu faisant son entrée, Rastignac s'étonna-t-il de sa prompte initiation aux belles manières du moment.

—Ce petit d'Esgrignon ira loin, n'est-ce pas? dit-il à son compagnon.

—C'est selon, répondit de Marsay, mais il va bien.