—Hé! bien, Lucien, dit David quand le gentilhomme s'en alla, aimerais-tu madame de Bargeton?
—Éperdument!
—Mais vous êtes plus séparés l'un de l'autre par les préjugés que si vous étiez, elle à Pékin, toi dans le Groenland.
—La volonté de deux amants triomphe de tout, dit Lucien en baissant les yeux.
—Tu nous oublieras, répondit le craintif amant de la belle Ève.
—Peut-être t'ai-je, au contraire, sacrifié ma maîtresse, s'écria Lucien.
—Que veux-tu dire?
—Malgré mon amour, malgré les divers intérêts qui me portent à m'impatroniser chez elle, je lui ai dit que je n'y retournerais jamais si un homme de qui les talents étaient supérieurs aux miens, dont l'avenir devait être glorieux, si David Séchard, mon frère, mon ami, n'y était reçu. Je dois trouver une réponse à la maison. Mais quoique tous les aristocrates soient invités ce soir pour m'entendre lire des vers, si la réponse est négative, je ne remettrai jamais les pieds chez madame de Bargeton.
David serra violemment la main de Lucien, après s'être essuyé les yeux. Six heures sonnèrent.
—Ève doit être inquiète, adieu, dit brusquement Lucien.