—Elle flétrira tout, dit Blondet en interrompant Finot.
—C'est un mot, dit Claude Vignon.
—Elle fera des rois, dit Lousteau.
—Et défera les monarchies, dit le diplomate.
—Aussi, dit Blondet, si la Presse n'existait point, faudrait-il ne pas l'inventer; mais la voilà, nous en vivons.
—Vous en mourrez, dit le diplomate. Ne voyez-vous pas que la supériorité des masses, en supposant que vous les éclairiez, rendra la grandeur de l'individu plus difficile; qu'en semant le raisonnement au cœur des basses classes, vous récolterez la révolte, et que vous en serez les premières victimes. Que casse-t-on à Paris quand il y a une émeute?
—Les réverbères, dit Nathan; mais nous sommes trop modestes pour avoir des craintes, nous ne serons que fêlés.
—Vous êtes un peuple trop spirituel pour permettre à un gouvernement de se développer, dit le ministre. Sans cela vous recommenceriez avec vos plumes la conquête de l'Europe que votre épée n'a pas su garder.
—Les journaux sont un mal, dit Claude Vignon. On pouvait utiliser ce mal, mais le gouvernement veut le combattre. Une lutte s'ensuivra. Qui succombera? voilà la question.
—Le gouvernement, dit Blondet, je me tue à le crier. En France, l'esprit est plus fort que tout, et les journaux ont de plus que l'esprit de tous les hommes spirituels, l'hypocrisie de Tartufe.