—A huit heures, aux Galeries-de-Bois, chez Dauriat, dit Étienne à Lucien.
Un jeune homme se présenta pour être rédacteur de l'air timide et inquiet qu'avait Lucien naguère. Lucien vit avec un plaisir secret Giroudeau pratiquant sur le néophyte les plaisanteries par lesquelles le vieux militaire l'avait abusé; son intérêt lui fit parfaitement comprendre la nécessité de ce manége, qui mettait des barrières presque infranchissables entre les débutants et la mansarde où pénétraient les élus.
—Il n'y a pas déjà tant d'argent pour les rédacteurs, dit-il à Giroudeau.
—Si vous étiez plus de monde, chacun de vous en aurait moins, répondit le capitaine. Et donc!
L'ancien militaire fit tourner sa canne plombée, sortit en broum-broumant, et parut stupéfait de voir Lucien montant dans le bel équipage qui stationnait sur les boulevards.
—Vous êtes maintenant les militaires, et nous sommes les pékins, lui dit le soldat.
—Ma parole d'honneur, ces jeunes gens me paraissent être les meilleurs enfants du monde, dit Lucien à Coralie. Me voilà journaliste avec la certitude de pouvoir gagner six cents francs par mois, en travaillant comme un cheval; mais je placerai mes deux ouvrages et j'en ferai d'autres, car mes amis vont m'organiser un succès! Ainsi, je dis comme toi, Coralie: Vogue la galère.
—Tu réussiras, mon petit; mais ne sois pas aussi bon que tu es beau, tu te perdrais. Sois méchant avec les hommes, c'est bon genre.
Coralie et Lucien allèrent se promener au bois de Boulogne, ils y rencontrèrent encore la marquise d'Espard, madame de Bargeton et le baron Châtelet. Madame de Bargeton regarda Lucien d'un air séduisant qui pouvait passer pour un salut. Camusot avait commandé le meilleur dîner du monde. Coralie, en se sachant débarrassée de lui, fut si charmante pour le pauvre marchand de soieries qu'il ne se souvint pas, durant les quatorze mois de leur liaison, de l'avoir vue si gracieuse ni si attrayante.
—Allons, se dit-il, restons avec elle, quand même!