—Tu crois que Dauriat a lu ou fait lire tes sonnets? lui dit Étienne à l'oreille.

—Oui, dit Lucien,

—Regarde les scellés.

Lucien aperçut l'encre et la ficelle dans un état de conjonction parfaite.

—Quel sonnet avez-vous le plus particulièrement remarqué? dit Lucien au libraire en pâlissant de colère et de rage.

—Ils sont tous remarquables, mon ami, répondit Dauriat, mais celui sur la marguerite est délicieux, il se termine par une pensée fine et très-délicate. Là, j'ai deviné le succès que votre prose doit obtenir. Aussi vous ai-je recommandé sur-le-champ à Finot. Faites-nous des articles, nous les payerons bien. Voyez-vous, penser à la gloire, c'est fort beau, mais n'oubliez pas le solide, et prenez tout ce qui se présentera. Quand vous serez riche, vous ferez des vers.

Le poète sortit brusquement dans les Galeries pour ne pas éclater, il était furieux.—Eh! bien, enfant, dit Lousteau qui le suivit, sois donc calme, accepte les hommes pour ce qu'ils sont, des moyens. Veux-tu prendre ta revanche?

—A tout prix, dit le poète.

—Voici un exemplaire du livre de Nathan que Dauriat vient de me donner, et dont la seconde édition paraît demain; relis cet ouvrage et fais un article qui le démolisse. Félicien Vernou ne peut souffrir Nathan dont le succès nuit, à ce qu'il croit, au futur succès de son ouvrage. Une des manies de ces petits esprits est d'imaginer que, sous le soleil, il n'y a pas de place pour deux succès. Aussi fera-t-il mettre ton article dans le grand journal auquel il travaille.

—Mais que peut-on dire contre ce livre? Il est beau, s'écria Lucien.