—Bérénice! des huîtres, des citrons, du beurre frais, et du vin de Champagne, dit Coralie.
—Vous êtes homme de trop d'esprit pour ne pas savoir ce qui m'amène, dit Dauriat en regardant Lucien.
—Vous venez acheter mon recueil de sonnets?
—Précisément, répondit Dauriat. Avant tout, déposons les armes de part et d'autre.
Il tira de sa poche un élégant portefeuille, prit trois billets de mille francs, les mit sur une assiette, et les offrit à Lucien d'un air courtisanesque en lui disant:—Monsieur est-il content?
—Oui, dit le poète qui se sentit inondé par une béatitude inconnue à l'aspect de cette somme inespérée.
Lucien se contint, mais il avait envie de chanter, de sauter, il croyait à la Lampe Merveilleuse, aux Enchanteurs; il croyait enfin à son génie.
—Ainsi, les Marguerites sont à moi? dit le libraire. Mais vous n'attaquerez jamais aucune de mes publications.
—Les Marguerites sont à vous, mais je ne puis engager ma plume, elle est à mes amis, comme la leur est à moi.
—Mais, enfin, vous devenez un de mes auteurs. Tous mes auteurs sont mes amis. Ainsi vous ne nuirez pas à mes affaires sans que je sois averti des attaques afin que je puisse les prévenir.