—Enfin vous êtes venus ici pour quelque chose? dit Petit-Claud. Qu'offrez-vous?
—De libérer monsieur Séchard, et de lui assurer, en cas de succès, trente pour cent de bénéfices, répondit vivement le gros Cointet.
—Eh! monsieur, dit Ève, avec quoi vivrons-nous pendant tout le temps des expériences? mon mari a eu la honte de l'arrestation, il peut retourner en prison, il n'en sera ni plus ni moins, et nous payerons nos dettes...
Petit-Claud mit un doigt sur ses lèvres en regardant Ève.
—Vous n'êtes pas raisonnables, dit-il aux deux frères. Vous avez vu le papier, le père Séchard vous a dit que son fils, enfermé par lui, avait, dans une seule nuit, avec des ingrédients qui devaient coûter peu de chose, fabriqué d'excellent papier... Vous êtes ici pour aboutir à l'acquisition. Voulez-vous acquérir, oui ou non?
—Tenez, dit le grand Cointet, que mon frère veuille ou ne veuille pas, je risque, moi, le payement des dettes de monsieur Séchard; je donne six mille francs, argent comptant, et monsieur Séchard aura trente pour cent dans les bénéfices; mais écoutez bien ceci: si dans l'espace d'un an il n'a pas réalisé les conditions qu'il posera lui-même dans l'acte, il nous rendra les six mille francs, le brevet nous restera, nous nous en tirerons comme nous pourrons.
—Es-tu sûr de toi? dit Petit-Claud en prenant David à part.
—Oui, dit David qui fut pris à cette tactique des deux frères et qui tremblait de voir rompre au gros Cointet cette conférence d'où son avenir dépendait.
—Eh! bien, je vais aller rédiger l'acte, dit Petit-Claud aux Cointet et à Ève; vous en aurez chacun un double pour ce soir, vous le méditerez pendant toute la matinée; puis, demain soir, à quatre heures, au sortir de l'audience, vous le signerez. Vous, messieurs, retirez les pièces de Métivier. Moi, j'écrirai d'arrêter le procès en Cour Royale, et nous nous signifierons les désistements réciproques.
Voici quel fut l'énoncé des obligations de Séchard.