—Monsieur, c'est une œuvre historique dans le genre de Walter Scott, où le caractère de la lutte entre les protestants et les catholiques est présenté comme un combat entre deux systèmes de gouvernement, et où le trône était sérieusement menacé. J'ai pris parti pour les catholiques.

—Hé! mais, jeune homme, voilà des idées. Eh! bien, je lirai votre ouvrage, je vous le promets. J'aurais mieux aimé un roman dans le genre de madame Radcliffe; mais si vous êtes travailleur, si vous avez un peu de style, de la conception, des idées, l'art de la mise en scène, je ne demande pas mieux que de vous être utile. Que nous faut-il?.... de bons manuscrits.

—Quand pourrai-je venir?

—Je vais ce soir à la campagne, je serai de retour après-demain, j'aurai lu votre ouvrage, et s'il me va, nous pourrons traiter le jour même.

Lucien, le voyant si bonhomme, eut la fatale idée de sortir le manuscrit des Marguerites.

—Monsieur, j'ai fait aussi un recueil de vers...

—Ah! vous êtes poète, je ne veux plus de votre roman, dit le vieillard en lui tendant le manuscrit. Les rimailleurs échouent quand ils veulent faire de la prose. En prose, il n'y a pas de chevilles, il faut absolument dire quelque chose.

—Mais, monsieur, Walter Scott a fait des vers aussi.....

—C'est vrai, dit Doguereau qui se radoucit, devina la pénurie du jeune homme, et garda le manuscrit. Où demeurez-vous? j'irai vous voir.

Lucien donna son adresse, sans soupçonner chez ce vieillard la moindre arrière-pensée, il ne reconnaissait pas en lui le libraire de la vieille école, un homme du temps où les libraires souhaitaient tenir dans un grenier et sous clef Voltaire et Montesquieu mourant de faim.