—Il est poète, dit d'Arthez.

—M'en voulez-vous d'un sentiment aussi naturel que le mien?

—Il faut lui tenir compte de ce qu'il ne nous l'a pas caché, dit Léon Giraud, il est encore franc; mais j'ai peur que plus tard il ne nous redoute.

—Eh pourquoi? demanda Lucien.

—Nous lisons dans ton cœur, répondit Joseph Bridau.

—Il y a chez toi, lui dit Michel Chrestien, un esprit diabolique avec lequel tu justifieras à tes propres yeux les choses les plus contraires à nos principes: au lieu d'être un sophiste d'idées, tu seras un sophiste d'action.

—Ah! j'en ai peur, dit d'Arthez. Lucien, tu feras en toi-même des discussions admirables où tu seras grand, et qui aboutiront à des faits blâmables... Tu ne seras jamais d'accord avec toi-même.

—Sur quoi donc appuyez-vous votre réquisitoire? demanda Lucien.

—Ta vanité, mon cher poète, est si grande, que tu en mets jusque dans ton amitié! s'écria Fulgence. Toute vanité de ce genre accuse un effroyable égoïsme, et l'égoïsme est le poison de l'amitié.

—Oh! mon Dieu, s'écria Lucien, vous ne savez donc pas combien je vous aime.