IMP. E. MARTINET.

CÉSAR BIROTTEAU.

Habituellement en parlant il se croisait les mains derrière le dos.

(CÉSAR BIROTTEAU.)

—Il n’existe aucune raison qui puisse faire sortir Birotteau de mon lit! Il a mangé tant de veau que peut-être est-il indisposé? Mais s’il était malade, il m’aurait éveillée. Depuis dix-neuf ans que nous couchons ensemble dans ce lit, dans cette même maison, jamais il ne lui est arrivé de quitter sa place sans me le dire, pauvre mouton! Il n’a découché que pour passer la nuit au corps-de-garde. S’est-il couché ce soir avec moi? Mais oui, mon Dieu, suis-je bête!

Elle jeta les yeux sur le lit, et vit le bonnet de nuit de son mari qui conservait la forme presque conique de la tête.

—Il est donc mort! Se serait-il tué? Pourquoi? reprit-elle. Depuis deux ans qu’ils l’ont nommé adjoint au maire, il est tout je ne sais comment. Le mettre dans les fonctions publiques, n’est-ce pas, foi d’honnête femme, à faire pitié? Ses affaires vont bien, il m’a donné un châle. Elles vont mal peut-être? Bah! je le saurais. Sait-on jamais ce qu’un homme a dans son sac? ni une femme non plus? ça n’est pas un mal. Mais n’avons-nous pas vendu pour cinq mille francs aujourd’hui! D’ailleurs un adjoint ne peut pas se faire mourir soi-même, il connaît trop bien les lois. Où donc est-il?

Elle ne pouvait ni tourner le cou, ni avancer la main pour tirer un cordon de sonnette qui aurait mis en mouvement une cuisinière, trois commis et un garçon de magasin. En proie au cauchemar qui continuait dans son état de veille, elle oubliait sa fille paisiblement endormie dans une chambre contiguë à la sienne, et dont la porte donnait au pied de son lit. Enfin elle cria:—Birotteau! et ne reçut aucune réponse. Elle croyait avoir crié le nom, et ne l’avait prononcé que mentalement.