(CÉSAR BIROTTEAU.)
Le sieur Ragon était un petit homme de cinq pieds au plus, à figure de casse-noisette, où l’on ne voyait que des yeux, deux pommettes aiguës, un nez et un menton; sans dents, mangeant la moitié de ses mots, d’une conversation pluviale, galant, prétentieux et souriant toujours du sourire qu’il prenait pour recevoir les belles dames que différents hasards amenaient jadis à la porte de sa boutique. La poudre dessinait sur son crâne une neigeuse demi-lune bien ratissée, flanquée de deux ailerons, que séparait une petite queue serrée par un ruban. Il portait l’habit bleu-barbeau, le gilet blanc, la culotte et les bas de soie, des souliers à boucles d’or, des gants de soie noire. Le trait le plus saillant de son caractère était d’aller par les rues tenant son chapeau à la main. Il avait l’air d’un messager de la chambre des pairs, d’un huissier du cabinet du roi, d’un de ces gens qui sont placés auprès d’un pouvoir quelconque de manière à recevoir son reflet tout en restant fort peu de chose.
—Eh! bien, Birotteau, dit-il d’un air magistral, te repens-tu, mon garçon, de nous avoir écoutés dans ce temps-là? Avons-nous jamais douté de la reconnaissance de nos bien-aimés souverains?
—Vous devez être bien heureuse, ma chère petite, dit madame Ragon à madame Birotteau.
—Mais oui, répondit la belle parfumeuse toujours sous le charme de cette ombrelle à canne, de ces bonnets à papillon, des manches justes et du grand fichu à la Julie que portait madame Ragon.
—Césarine est charmante. Venez ici, la belle enfant, dit madame Ragon de sa voix de tête et d’un air protecteur.
—Ferons-nous les affaires avant le dîner? dit l’oncle Pillerault.
—Nous attendons monsieur Claparon, dit Roguin, je l’ai laissé s’habillant.
—Monsieur Roguin, dit César, vous l’avez bien prévenu que nous dînions dans un méchant petit entresol...
—Il le trouvait superbe il y a seize ans, dit Constance en murmurant.