—C’est mon oncle! Il est capable de venir me voir, s’écria Popinot.

—Un oncle? dit Finot, et nous n’avons pas de verre!

—L’oncle de mon ami Popinot est un juge d’instruction, dit Gaudissart à Finot; il ne s’agit pas de le mystifier, il m’a sauvé la vie. Ah! quand on s’est trouvé dans la passe où j’étais, en face de l’échafaud, où: «Kouik, et adieu les cheveux!» fit-il en imitant le fatal couteau par un geste, on se souvient du vertueux magistrat auquel on doit d’avoir conservé la rigole par où passe le vin de Champagne! On s’en souvient ivre-mort. Vous ne savez pas, Finot, si vous n’aurez pas besoin de monsieur Popinot. Saquerlotte, il faut des saluts, et des six à la livre encore.

Le vertueux juge d’instruction demandait en effet son neveu à la portière: en reconnaissant la voix, Anselme descendit un chandelier à la main pour éclairer.

—Je vous salue, messieurs, dit le magistrat.

L’illustre Gaudissart s’inclina profondément; Finot examina le juge d’un œil ivre, et le trouva passablement ganache.

—Il n’y a pas de luxe, dit gravement le juge en regardant la chambre; mais, mon enfant, pour être quelque chose de grand il faut savoir commencer par n’être rien.

—Quel homme profond, dit Gaudissart à Finot.

—Une pensée d’article, dit le journaliste.

—Ah! vous voilà, monsieur, dit le juge en reconnaissant le commis-voyageur. Et que faites-vous ici?