Birotteau osa mentir en lui laissant croire qu’il en était l’ordonnateur. Césarine, qui devait être invitée pour toutes les contredanses, connut combien il y avait de délicatesse chez Anselme.
—Si je n’écoutais que mon désir, lui dit-il à l’oreille en sortant de table, je vous prierais de me faire la faveur d’une contredanse; mais mon bonheur coûterait trop cher à notre mutuel amour-propre.
Césarine, qui trouvait que les hommes marchaient sans grâce quand ils étaient droits sur leurs jambes, voulut ouvrir le bal avec Popinot. Popinot, enhardi par sa tante, qui lui avait dit d’oser, osa parler de son amour à cette charmante fille pendant la contredanse, mais en se servant de détours que prennent les amants timides.
—Ma fortune dépend de vous, mademoiselle.
—Et comment?
—Il n’y a qu’un espoir qui puisse me la faire faire.
—Espérez.
—Savez-vous bien tout ce que vous venez de dire en un seul mot? reprit Popinot.
—Espérez la fortune, dit Césarine avec un sourire malicieux.
—Gaudissart! Gaudissart! dit après la contredanse Anselme à son ami en lui pressant le bras avec une force herculéenne, réussis, ou je me brûle la cervelle. Réussir, c’est épouser Césarine, elle me l’a dit, et vois comme elle est belle!