—Je ne sais, répondit Popinot. Quoique j’appartienne à la Chambre où l’affaire est portée, je m’abstiendrai de délibérer quand même on m’appellerait.
—Mais peut-il y avoir du doute sur un procès si simple? dit Pillerault. L’acte ne doit-il pas faire mention de la livraison des espèces, et les notaires déclarer les avoir vu remettre par le prêteur à l’emprunteur? Roguin irait aux galères s’il était sous la main de la justice.
—Selon moi, répondit le juge, le prêteur doit se pourvoir contre Roguin sur le prix de la charge et du cautionnement; mais en des affaires encore plus claires, quelquefois, à la Cour royale, les conseillers se trouvent six contre six.
—Comment, mademoiselle, monsieur Roguin s’est enfui? dit Popinot entendant enfin ce qui se disait. Monsieur César ne m’en a rien dit, moi qui donnerais mon sang pour lui...
Césarine comprit que toute la famille tenait dans ce pour lui, car si l’innocente fille eût méconnu l’accent, elle ne pouvait se tromper au regard qui l’enveloppa d’une flamme pourpre.
—Je le savais bien, et je le lui disais, mais il a tout caché à ma mère et ne s’est confié qu’à moi.
—Vous lui avez parlé de moi dans cette circonstance, dit Popinot; vous lisez dans mon cœur, mais y lisez-vous tout?
—Peut-être.
—Je suis bien heureux, dit Popinot. Si vous voulez m’ôter toute crainte, dans un an je serai si riche que votre père ne me recevra plus si mal quand je lui parlerai de notre mariage. Je ne vais plus dormir que cinq heures par nuit....
—Ne vous faites pas de mal, dit Césarine avec un accent inimitable en jetant à Popinot un regard où se lisait toute sa pensée.