—Nîs tonnons essi te bêtîs palles, dit le baron en jetant un regard inquisitif sur le parfumeur. Vis foyez ke tît lai monte san melle!
—Monsieur Birotteau veut-il déjeuner sans cérémonie avec nous? dit Delphine en montrant sa table somptueusement servie.
—Madame la baronne, je suis venu pour affaires et suis...
—Vis! dit le baron. Montame, bermeddez-vis te barler t’iffires?
Delphine fit un petit mouvement d’assentiment en disant au baron:—Allez-vous acheter de la parfumerie? Le baron haussa les épaules et se retourna vers César au désespoir.
—Ti Dilet breind lei plis fiffe eindéred à vus, dit-il.
—Enfin, pensa le pauvre négociant, nous arrivons à la question.
—Afec sa leddre, vis affez tan mâ mêsson eine grétid ki n’ai limidé ke bar lais pornes te ma brobre forteine...
Le baume exhilarant que contenait l’eau présentée par l’ange à Agar dans le désert devait ressembler à la rosée que répandirent dans les veines du parfumeur ces paroles semi-françaises. Le fin baron, pour avoir des motifs de revenir sur des paroles bien données et mal entendues, avait gardé l’horrible prononciation des juifs polonais qui se flattent de parler français.
—Et visse aurez eine gomde gourand. Foici gommend nîs brocèterons, dit avec une bonhomie alsacienne le bon, le vénérable et grand financier.