—Oui.

—Voulez-vous échanger les cinquante premiers mille contre des effets de monsieur Popinot que voici, moyennant escompte, bien entendu.

Gigonnet ôta sa terrible casquette verte qui semblait née avec lui, montra son crâne couleur beurre frais dénué de cheveux, fit sa grimace voltairienne et dit:—Vous voulez me payer en huile pour les cheveux, quéque j’en ferais?

—Quand vous plaisantez, il n’y a qu’à tirer ses grègues, dit Pillerault.

—Vous parlez comme un sage que vous êtes, lui dit Gigonnet avec un sourire flatteur.

—Eh! bien, si j’endossais les effets de monsieur Popinot? dit Pillerault en faisant un dernier effort.

—Vous êtes de l’or en barre, monsieur Pillerault, mais je n’ai pas besoin d’or, il me faut seulement mon argent.

Pillerault et Popinot saluèrent et sortirent. Au bas de l’escalier, les jambes de Popinot flageolaient encore sous lui.

—Est-ce un homme? dit-il à Pillerault.

—On le prétend, fit le vieillard. Souviens-toi toujours de cette courte séance, Anselme! Tu viens de voir la Banque sans la mascarade de ses formes agréables. Les événements imprévus sont la vis du pressoir, nous sommes le raisin, et les banquiers sont les tonneaux. L’affaire des terrains est sans doute bonne, Gigonnet veut étrangler César pour se revêtir de sa peau: tout est dit, il n’y a plus de remède. Voilà la Banque, n’y recours jamais.