—Ne parlez pas de ces niaiseries-là, dit Derville en l’interrompant, à des avoués habitués à lire au fond des cœurs. En ce moment monsieur Ferraud n’a pas la moindre envie de rompre votre mariage et je suis persuadé qu’il vous adore; mais si quelqu’un venait lui dire que son mariage peut être annulé, que sa femme sera traduite en criminelle au banc de l’opinion publique...

—Il me défendrait! monsieur.

—Non, madame.

—Quelle raison aurait-il de m’abandonner, monsieur?

—Mais celle d’épouser la fille unique d’un pair de France, dont la pairie lui serait transmise par ordonnance du Roi...

La comtesse pâlit.

—Nous y sommes! se dit en lui-même Derville. Bien, je te tiens, l’affaire du pauvre colonel est gagnée.—D’ailleurs, madame, reprit-il à haute voix, il aurait d’autant moins de remords, qu’un homme couvert de gloire, général, comte, grand-officier de la Légion-d’Honneur, ne serait pas un pis-aller; et si cet homme lui redemande sa femme...

—Assez! assez! monsieur, dit-elle. Je n’aurai jamais que vous pour avoué. Que faire?

—Transiger! dit Derville.

—M’aime-t-il encore? dit-elle.