Le tact de la marquise et son habitude de juger les hommes lui firent deviner que monsieur Popinot ne pourrait être influencé par aucune considération. Elle avait compté sur quelque magistrat ambitieux, elle rencontrait un homme de conscience. Elle songea soudain à d’autres moyens pour assurer le succès de son affaire. Les domestiques apportèrent le thé.

—Madame a-t-elle d’autres explications à me donner? dit Popinot en voyant ces apprêts.

—Monsieur, lui répondit-elle avec hauteur, faites votre métier: interrogez monsieur d’Espard, et vous me plaindrez, j’en suis certaine... Elle releva la tête en regardant Popinot avec une fierté mêlée d’impertinence, le bonhomme la salua respectueusement.

—Il est gentil, ton oncle, dit Rastignac à Bianchon. Il ne comprend donc rien, il ne sait donc pas ce qu’est la marquise d’Espard, il ignore donc son influence, son pouvoir occulte sur le monde? Elle aura demain chez elle le Garde des Sceaux...

—Mon cher, que veux-tu que j’y fasse, dit Bianchon, ne t’ai-je pas prévenu? Ce n’est pas un homme coulant.

—Non, dit Rastignac, c’est un homme à couler.

Le docteur fut forcé de saluer la marquise et son muet chevalier pour courir après Popinot, qui, n’étant pas homme à demeurer dans une situation gênante, trottinait dans les salons.

—Cette femme-là doit cent mille écus, dit le juge en montant dans le cabriolet de son neveu.

—Que pensez-vous de l’affaire?

—Moi, dit le juge, je n’ai jamais d’opinion avant d’avoir tout examiné. Demain, de bon matin, je manderai madame Jeanrenaud par-devant moi, dans mon cabinet, à quatre heures, pour lui demander des explications sur les faits qui lui sont relatifs, car elle est compromise.