—Ce n’est toujours pas monsieur Baudoyer, répondit Dutocq, il n’a pas quitté son bureau hier. Je n’ai pas besoin d’aller au journal. En y apportant votre article hier, j’ai vu l’abbé qui s’était présenté muni d’une lettre de la Grande-Aumônerie, et devant laquelle vous eussiez plié vous-même.
—Dutocq, vous en voulez à monsieur Rabourdin, et ce n’est pas bien, car il a deux fois empêché votre destitution. Mais nous ne sommes pas les maîtres de nos sentiments: on peut haïr son bienfaiteur. Seulement, sachez que si vous vous permettez contre Rabourdin la moindre traîtrise, avant que je vous aie donné le mot d’ordre, ce sera votre perte, vous me compterez comme votre ennemi. Quant au journal de mon ami, que la Grande-Aumônerie lui prenne notre nombre d’abonnements, si elle veut s’en servir exclusivement. Nous sommes à la fin de l’année, la question de l’abonnement sera bientôt discutée, et nous nous entendrons? Quant à la place de La Billardière, il y a un moyen d’en finir, c’est d’y nommer aujourd’hui même.
—Messieurs, dit Dutocq en rentrant au Bureau et en s’adressant à ses collègues, je ne sais pas si Bixiou a le don de lire dans l’avenir, mais si vous n’avez pas lu le journal ministériel, je vous engage à y étudier l’article Baudoyer; puis, comme monsieur Fleury a la feuille de l’Opposition, vous pourrez y voir la réplique. Certes, monsieur Rabourdin a du talent, mais un homme qui, par le temps qui court, donne aux églises des ostensoirs de six mille francs, a diablement de talent aussi.
BIXIOU (entrant).
Que dites-vous de la première aux Corinthiens contenue dans notre journal religieux, et de l’Épître aux ministres qui est dans le journal libéral? Comment va monsieur Rabourdin, du Bruel?
DU BRUEL (arrivant).
Je ne sais pas. (Il emmène Bixiou dans son cabinet et lui dit à voix basse.) Mon cher, votre manière d’aider les gens ressemble aux façons du bourreau, qui vous met les pieds sur les épaules pour vous plus promptement casser le cou. Vous m’avez fait avoir de des Lupeaulx une chasse que ma bêtise m’a méritée. Il était joli, l’article sur La Billardière! Je n’oublierai pas ce trait-là. La première phrase semblait dire au Roi: Il faut mourir. Celle sur Quiberon signifiait clairement que le Roi était un.... Enfin tout était ironique.
BIXIOU (se mettant à rire).
Tiens, vous vous fâchez! On ne peut donc plus blaguer?
DU BRUEL.