Mitral prit un cabriolet, alla trouver les Saillard et les Baudoyer, chez qui le boston s’était prolongé; mais il ne restait plus que l’abbé Gaudron. Falleix, quasi mort de fatigue, était allé se coucher.
—Vous serez nommé, mon neveu, et l’on vous réserve une surprise.
—Quoi? dit Saillard.
—La croix! s’écria Mitral.
—Dieu protége ceux qui songent à ses autels! dit Gaudron.
On chantait ainsi le Te Deum dans les deux camps avec un égal bonheur.
Le lendemain, mercredi, monsieur Rabourdin devait travailler avec le ministre, car il faisait l’intérim depuis la maladie de défunt La Billardière. Ces jours-là, les employés étaient fort exacts, les garçons de bureau très-empressés, car les jours de signature tout est en l’air dans les Bureaux, et pourquoi? personne ne le sait. Les trois garçons étaient donc à leur poste, et se flattaient d’avoir quelque gratification, car le bruit de la nomination de monsieur Rabourdin s’était répandu la veille par les soins de des Lupeaulx. L’oncle Antoine et l’huissier Laurent se trouvaient en grande tenue, quand, à huit heures moins un quart, le garçon du Secrétariat vint prier Antoine de remettre en secret à monsieur Dutocq une lettre que le Secrétaire-général lui avait dit d’aller porter chez le Commis principal à sept heures.
—Je ne sais pas comment cela s’est fait, mon vieux, j’ai dormi, dormi, que je ne fais que de me réveiller. Il me chanterait une gamme d’enfer s’il savait qu’elle n’est pas à son adresse; au lieur que, comme ça, je lui soutiendrai que je l’ai remise moi-même chez monsieur Dutocq. Un fameux secret, père Antoine: ne dites rien aux employés; parole! il me renverrait, je perdrais ma place pour un seul mot, a-t-il dit?
—Qu’est-ce qu’il y a donc dedans? dit Antoine.
—Rien. Je l’ai regardée, comme ça, tenez.