(Le vieux Poiret jeune insinue sa clef dans le dos de Sébastien, à qui Phellion fait boire un verre d’eau froide. Le pauvre enfant n’ouvre les yeux que pour verser un torrent de larmes. Il va se mettre la tête sur le bureau de Phellion, en s’y renversant le corps abandonné comme si la foudre l’avait atteint, et ses sanglots sont si pénétrants, si vrais, si abondants, que, pour la première fois de sa vie, Poiret s’émeut de la douleur d’autrui.)

PHELLION (grossissant sa voix).

Allons, allons, mon jeune ami, du courage! Dans les grandes circonstances il en faut. Vous êtes un homme. Qu’y a-t il? en quoi ceci peut-il vous émouvoir si démesurément?

SÉBASTIEN (à travers ses sanglots).

C’est moi qui ai perdu monsieur Rabourdin. J’ai laissé l’État que j’avais copié, j’ai tué mon bienfaiteur, j’en mourrai. Un si grand homme! un homme qui eût été ministre!

POIRET (en se mouchant).

C’est donc vrai qu’il a fait les rapports?

SÉBASTIEN (à travers ses sanglots).

Mais c’était pour.... Allons, je vais dire ses secrets, maintenant! Ah! le misérable Dutocq! c’est lui qui l’a volé...

Et les pleurs, les sanglots recommencèrent si bien que, de son cabinet, Rabourdin entendit les larmes, distingua la voix, et monta. Le chef trouva Sébastien presque évanoui, comme un Christ entre les bras de Phellion et de Poiret, qui singeaient grotesquement la pose des deux Maries et dont les figures étaient crispées par l’attendrissement.