Il se rencontre cependant peu d’hommes d’État parmi les préfets. Le préfet serait alors un neutre des Genres supérieurs. Il se trouverait entre l’homme d’État et l’employé, ce que le douanier se trouve entre le civil et le militaire. Continuons à débrouiller ces hautes questions. (Poiret devient rouge.) Ceci ne peut-il pas se formuler par cette maxime digne de Larochefoucault: Au-dessus de vingt mille francs d’appointements, il n’y a plus d’employés. Nous pouvons mathématiquement en tirer ce premier corollaire: L’homme d’État se déclare dans la sphère des traitements supérieurs. Et ce non moins important et logique deuxième corollaire: Les Directeurs généraux peuvent être des hommes d’État. Peut-être est-ce dans ce sens que plus d’un député se dit:—C’est un bel état que d’être directeur général! Mais, dans l’intérêt de la langue française et de l’Académie...
POIRET (tout à fait fasciné par la fixité du regard de Bixiou).
La langue française!... l’Académie!...
BIXIOU (il coupe un second bouton et ressaisit le bouton supérieur).
Oui, dans l’intérêt de notre belle langue, on doit faire observer que si le chef de bureau peut à la rigueur être encore un employé, le chef de division doit être un bureaucrate. Ces messieurs... (Il se tourne vers les employés en leur montrant le second bouton coupé à la redingote de Poiret.) ces messieurs apprécieront cette nuance pleine de délicatesse. Ainsi, papa Poiret, l’employé finit exclusivement au chef de division. Voici donc la question bien posée, il n’existe plus aucune incertitude, l’employé qui pouvait paraître indéfinissable est défini.
POIRET.
Cela me semble hors de doute.
BIXIOU.
Néanmoins, faites-moi l’amitié de résoudre cette question: Un juge étant inamovible, conséquemment ne pouvant être, selon votre subtile distinction, un fonctionnaire, et n’ayant pas un traitement en harmonie avec son ouvrage, doit-il être compris dans la classe des employés?...
POIRET (il regarde les corniches).