—Ne m’en parle pas, je n’en peux rien faire. Il me sonne pour me demander si j’ai vu son mouchoir ou sa tabatière. Il reçoit sans faire attendre, pas la moindre dignité. Moi, je suis obligé de lui dire: Mais, monsieur, monsieur le comte votre prédécesseur, dans l’intérêt du pouvoir, il bûchait son fauteuil avec son canif pour faire croire qu’il travaillait. Enfin, il brouille tout! je trouve tout cen dessus dessous, c’est un bien petit esprit. Et le tien?
—Le mien, oh! j’ai fini par le former, il sait maintenant où sont placés son papier à lettres, ses enveloppes, son bois, toutes ses affaires. Mon autre jurait, celui-là est doux... mais ça n’a pas le grand genre; il n’est pas décoré, je n’aime pas qu’un chef soit sans décoration: on peut le prendre pour un de nous, c’est humiliant. Il emporte le papier du bureau, et il m’a demandé si je pouvais aller servir chez lui des jours de soirée.
—Eh! quel gouvernement, mon cher?
—Oui, tout le monde y carotte.
—Pourvu qu’on ne nous rogne pas nos pauvres appointements!...
—J’en ai peur! Les Chambres sont bien près regardantes. On chicane le bois des bûches.
—Eh! bien, ça ne durera pas long-temps, s’ils prennent ce genre-là.
—Nous sommes pincés, on nous écoutait.
—Eh! c’est défunt monsieur Rabourdin... ah! monsieur, je vous ai reconnu à votre manière de vous présenter... si vous avez besoin ici, personne ne saura ce qu’on vous doit d’égards, car nous sommes les seuls qui soyons restés de votre temps... Messieurs Colleville et Baudoyer n’ont pas usé le maroquin de leurs fauteuils après votre départ, six mois après ils ont été nommés percepteurs à Paris...
Paris, juillet 1838.