—Mon histoire est bien simple, mon père, répondit-elle. Il y a trois mois, je vivais dans le désordre où je suis née. J’étais la dernière des créatures et la plus infâme, maintenant je suis seulement la plus malheureuse de toutes. Permettez-moi de ne rien vous raconter de ma pauvre mère, morte assassinée...
—Par un capitaine, dans une maison suspecte, dit le prêtre en interrompant sa pénitente... Je connais votre origine, et sais que si une personne de votre sexe peut jamais être excusée de mener une vie honteuse, c’est vous à qui les bons exemples ont manqué.
—Hélas! je n’ai pas été baptisée, et n’ai reçu les enseignements d’aucune religion.
—Tout est donc encore réparable, reprit le prêtre, pourvu que votre foi, votre repentir soient sincères et sans arrière-pensée.
—Lucien et Dieu remplissent mon cœur, dit-elle avec une touchante ingénuité.
—Vous auriez pu dire Dieu et Lucien, répliqua le prêtre en souriant. Vous me rappelez l’objet de ma visite. N’omettez rien de ce qui concerne ce jeune homme.
—Vous venez pour lui? demanda-t-elle avec une expression amoureuse qui eût attendri tout autre prêtre. Oh! il s’est douté du coup.
—Non, répondit-il, ce n’est pas de votre mort, mais de votre vie que l’on s’inquiète. Allons, expliquez-moi vos relations.
—En un mot, dit-elle.
La pauvre fille tremblait au ton brusque de l’ecclésiastique, mais en femme que la brutalité ne surprenait plus depuis long-temps.