—En quoi vous ai-je offensé? dit-elle tout effrayée. J’ai entendu parler d’une femme comme moi qui avait lavé de parfums les pieds de Jésus-Christ. Hélas! la vertu m’a faite si pauvre que je n’ai plus que mes larmes à vous offrir.
—Ne m’avez-vous pas entendu? répondit-il d’une voix cruelle. Je vous dis qu’il faut pouvoir sortir de la maison où je vous conduirai, si bien changée au physique et au moral, que nul de ceux ou de celles qui vous ont connue ne puisse vous crier: Esther! et vous faire retourner la tête. Hier, l’amour ne vous avait pas donné la force de si bien enterrer la fille de joie qu’elle ne reparût jamais, elle reparaît encore dans une adoration qui ne va qu’à Dieu.
—Ne vous a-t-il pas envoyé vers moi? dit-elle.
—Si, durant votre éducation, vous étiez aperçue de Lucien, tout serait perdu, reprit-il, songez-y bien.
—Qui le consolera? dit-elle.
—De quoi le consoliez-vous? demanda le prêtre d’une voix où, pour la première fois de cette scène, il y eut un tremblement nerveux.
—Je ne sais pas, il est souvent venu triste.
—Triste? reprit le prêtre; il vous a dit pourquoi?
—Jamais, répondit-elle.
—Il était triste d’aimer une fille comme vous, s’écria-t-il.