—Pourquoi n’aimerait-on pas ma pauvre Clotilde? répondit la duchesse à la marquise. Savez-vous ce qu’elle me disait hier? «Si je suis aimée par ambition, je me charge de me faire aimer pour moi-même!» Elle est spirituelle et ambitieuse, il y a des hommes à qui ces deux qualités plaisent. Quant à lui, ma chère, il est beau comme un rêve; et s’il peut racheter la terre de Rubempré, le roi lui rendra, par égard pour nous, le titre de marquis... Après tout, sa mère est la dernière Rubempré...
—Pauvre garçon, où prendra-t-il un million? dit la marquise.
—Ceci n’est pas notre affaire, reprit la duchesse; mais, à coup sûr, il est incapable de le voler... Et, d’ailleurs, nous ne donnerions pas Clotilde à un intrigant ni à un malhonnête homme, fût-il beau, fût-il poète et jeune comme monsieur de Rubempré.
—Vous venez tard, dit Clotilde en souriant avec une grâce infinie à Lucien.
—Oui, j’ai dîné en ville.
—Vous allez beaucoup dans le monde depuis quelques jours, dit-elle en cachant sa jalousie et ses inquiétudes sous un sourire.
—Dans le monde?... reprit Lucien, non, j’ai seulement, par le plus grand des hasards, dîné toute la semaine chez des banquiers, aujourd’hui chez Nucingen, hier chez du Tillet, et avant-hier chez les Keller...
On voit que Lucien avait bien su prendre le ton de spirituelle impertinence des grands seigneurs.