Et Contenson raconta la rencontre de Nucingen et d’Esther, en ajoutant que le baron avait quelques renseignements nouveaux.

—Va, dit Peyrade, nous lui trouverons sa Dulcinée; dis-lui de venir en voiture ce soir aux Champs-Élysées, avenue Gabrielle, au coin de l’allée de Marigny.

Peyrade mit Contenson à la porte, et frappa chez sa fille comme il fallait frapper pour être admis. Il entra joyeusement, le hasard venait de lui jeter un moyen d’avoir enfin la place qu’il désirait. Il se plongea dans un bon fauteuil à la Voltaire après avoir embrassé Lydie au front, et lui dit:—Joue-moi quelque chose?....

Lydie lui joua un morceau écrit, pour le piano, par Beethoven.

—C’est bien joué cela, ma petite biche, dit-il en prenant sa fille entre ses genoux, sais-tu que nous avons vingt et un ans? Il faut se marier, car notre père a plus de soixante-dix ans...

—Je suis heureuse ici, répondit-elle.

—Tu n’aimes que moi, moi si laid, si vieux? demanda Peyrade.

—Mais qui veux-tu donc que j’aime?

—Je dîne avec toi, ma petite biche, préviens-en Katt. Je songe à nous établir, à prendre une place et à te chercher un mari digne de toi.... quelque bon jeune homme, plein de talent, de qui tu puisses être fière un jour....

—Je n’en ai vu qu’un encore qui m’ait plu pour mari....