—Mais si Nucingen la préférait à Esther...
—Ah! t’y voilà venu... s’écria l’abbé. Tu as peur aujourd’hui de ne pas voir s’accomplir ce qui t’effrayait tant hier! Sois tranquille. Cette fille est blonde, blanche, et a les yeux bleus. Elle est le contraire de la belle juive, et il n’y a que les yeux d’Esther qui puissent remuer un homme aussi pourri que Nucingen. Tu ne pouvais pas cacher un laideron, que diable! Quand cette poupée aura joué son rôle, je l’enverrai, sous la conduite d’une personne sûre, à Rome ou à Madrid, où elle fera des passions.
—Puisque nous ne l’avons que pour peu de temps, dit Lucien, j’y retourne...
—Va, mon fils, amuse-toi... Demain tu auras un jour de plus. Moi, j’attends quelqu’un que j’ai chargé de savoir ce qui se passe chez le baron de Nucingen.
—Qui?
—La maîtresse de son valet de chambre, car enfin faut-il savoir à tout moment ce qui se passe chez l’ennemi.
A minuit, Paccard, le chasseur d’Esther, trouva l’abbé sur le pont des Arts, l’endroit le plus favorable à Paris pour se dire deux mots qui ne doivent pas être entendus. Tout en causant, le chasseur regardait d’un côté pendant que l’abbé regardait de l’autre.
—Le baron est allé ce matin à la Préfecture de police, de quatre heures à cinq heures, dit le chasseur, et il s’est vanté ce soir de trouver la femme qu’il a vue au bois de Vincennes, on la lui a promise...
—Nous serons observés! dit Jacques Collin, mais par qui?...
—On s’est déjà servi de Louchard, le Garde du Commerce.