—Vous serez à l’abri du besoin pour le reste de vos jours, dit Élias.
Cette idée entra dans la tête de Pierre Grassou, comme la lumière du matin avait éclaté dans sa mansarde. En disposant le père de la jeune personne, il lui trouva bonne mine et admira cette face pleine de tons violents. La mère et la fille voltigèrent autour du peintre, en s’émerveillant de tous ses apprêts, il leur parut être un dieu. Cette visible adoration plut à Fougères. Le veau d’or jeta sur cette famille son reflet fantastique.
—Vous devez gagner un argent fou? mais vous le dépensez comme vous le gagnez, dit la mère.
—Non, madame, répondit le peintre, je ne le dépense pas, je n’ai pas le moyen de m’amuser. Mon notaire place mon argent, il sait mon compte, une fois l’argent chez lui, je n’y pense plus.
—On me disait, à moi, s’écria le père Vervelle, que les artistes étaient tous paniers percés.
—Quel est votre notaire, s’il n’y a pas d’indiscrétion? demanda madame Vervelle.
—Un brave garçon, tout rond, Cardot.
—Tiens! tiens! est-ce farce! dit Vervelle, Cardot est le nôtre.
—Ne vous dérangez pas! dit le peintre.
—Mais tiens-toi donc tranquille, Anténor, dit la femme, tu ferais manquer monsieur, et si tu le voyais travailler tu comprendrais.