—Eh! bien, dit Carlos d’un air d’autorité magistrale.

—Monsieur, il est vrai que j’ai eu le tort de chercher pour le compte de monsieur de Nucingen une femme dont il était amoureux à en perdre la tête. C’est la cause de la disgrâce dans laquelle je suis; car il paraît que j’ai touché, sans le savoir, à des intérêts très-graves. (Le magistrat subalterne fut impassible.) Mais je connais assez la Police après cinquante-deux ans d’exercice, reprit Peyrade, pour m’être abstenu depuis la mercuriale que m’a donnée monsieur le préfet, qui certainement avait raison...

—Vous renonceriez alors à votre caprice si monsieur le préfet vous le demandait? Ce serait, je crois, la meilleure preuve à donner de la sincérité de ce que vous me dites.

—Comme il va! comme il va! se disait Peyrade. Ah! sacrebleu! les agents d’aujourd’hui valent ceux de monsieur Lenoir.

—Y renoncer? dit Peyrade..... J’attendrai les ordres de monsieur le préfet... Mais si vous voulez monter, nous voici à l’hôtel.

—Où trouvez-vous donc des fonds? lui demanda Carlos d’un air sagace et à brûle-pourpoint.

—Monsieur, j’ai un ami... dit Peyrade...

—Allez donc dire cela, reprit Carlos, à un juge d’instruction?

Cette audacieuse scène était chez Carlos le résultat d’une de ces combinaisons dont la simplicité ne pouvait sortir que de la tête d’un homme de sa trempe. Il avait envoyé Lucien, de très-bonne heure, chez la comtesse de Sérizy. Lucien pria le secrétaire particulier du comte d’aller, de la part du comte, demander au préfet des renseignements sur l’agent employé par le baron de Nucingen. Le secrétaire était revenu muni d’une note sur Peyrade, la copie du sommaire écrit sur le dossier:

Dans la police depuis 1778. et venu d’Avignon à Paris, deux ans auparavant.